{"id":4454,"date":"2019-04-04T10:09:07","date_gmt":"2019-04-04T09:09:07","guid":{"rendered":"http:\/\/cat-int.org\/?p=4454"},"modified":"2019-04-25T10:11:56","modified_gmt":"2019-04-25T09:11:56","slug":"etat-islamique-un-rapatriement-programme-prepare-mais-gele-interview-de-jean-charles-brisard-president-du-cat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/2019\/04\/04\/etat-islamique-un-rapatriement-programme-prepare-mais-gele-interview-de-jean-charles-brisard-president-du-cat\/","title":{"rendered":"Etat islamique : un rapatriement programm\u00e9, pr\u00e9par\u00e9, mais gel\u00e9 (Interview de Jean-Charles Brisard, Pr\u00e9sident du CAT)"},"content":{"rendered":"<p>Source : <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/france\/2019\/04\/04\/etat-islamique-un-rapatriement-programme-prepare-mais-gele_1719480\" target=\"_blank\">Lib\u00e9ration\u00a0<\/a><!--more--><\/p>\n<h2 class=\"article-standfirst read-left-padding\">Des documents \u00e9manant des services de renseignement d\u00e9taillent la liste et les modalit\u00e9s de\u00a0retour des jihadistes fran\u00e7ais du Kurdistan syrien et de leurs familles. Une op\u00e9ration jamais lanc\u00e9e, face\u00a0\u00e0 une forte hostilit\u00e9 de l\u2019opinion publique.<\/h2>\n<div class=\"article-body read-left-padding\">\n<p>C\u2019est une liste d\u2019une incroyable pr\u00e9cision. Y figurent, nom, pr\u00e9nom, date de naissance, mais aussi le lieu de d\u00e9tention et le temps &#8211; en mois ou ann\u00e9es &#8211; pass\u00e9 sur zone. Plus int\u00e9ressant encore, la colonne \u00abrapatriement\u00bb, o\u00f9 sont empil\u00e9s les num\u00e9ros\u00a01 ou\u00a02, correspondant au num\u00e9ro du vol devant les ramener sur le sol fran\u00e7ais. Ce document secret, que\u00a0<em>Lib\u00e9ration<\/em>\u00a0a pu consulter, \u00e9mane du renseignement int\u00e9rieur. Il \u00e9tablit de fa\u00e7on pointilleuse la liste des Fran\u00e7ais de l\u2019Etat islamique (EI) retenus ou emprisonn\u00e9s actuellement au Kurdistan syrien, alors que le dernier r\u00e9duit du \u00abcalifat\u00bb est tomb\u00e9 le 23\u00a0mars.<\/p>\n<p>Actualis\u00e9e jusqu\u2019au 6\u00a0mars \u00e0 16\u00a0heures, la liste comporte quelque 250\u00a0noms, hommes, femmes et enfants confondus. Fait notable, les num\u00e9ros de vol aff\u00e9rents ne sont renseign\u00e9s que pour les 162\u00a0premiers noms, soit ceux r\u00e9pertori\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la date du 14\u00a0f\u00e9vrier. Que s\u2019est-il pass\u00e9 ensuite ? Contact\u00e9 mercredi par\u00a0<em>Lib\u00e9ration,<\/em>\u00a0l\u2019Elys\u00e9e a cat\u00e9goriquement refus\u00e9 de commenter le dossier, qualifi\u00e9 de\u00a0<em>\u00abtr\u00e8s sensible\u00bb,<\/em>\u00a0y compris pour revenir sur les d\u00e9clarations publiques du Pr\u00e9sident. Un silence partag\u00e9 par Matignon.<\/p>\n<h3>Enqu\u00eates<\/h3>\n<p>Pourquoi l\u2019op\u00e9ration de rapatriement, imagin\u00e9e conjointement avec l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, a-t-elle \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e ? Un autre document, que\u00a0<em>Lib\u00e9ration<\/em>\u00a0a aussi consult\u00e9, montre que malgr\u00e9 les atermoiements du pouvoir, l\u2019appareil judiciaire se tient pr\u00eat \u00e0 encaisser le choc au cas o\u00f9 Emmanuel Macron change d\u2019avis subitement. Ce tableau, dat\u00e9 \u00e9galement du 6\u00a0mars, d\u00e9taille le circuit programm\u00e9 pour accueillir 100\u00a0adultes, 37\u00a0hommes et 63\u00a0femmes : 81 seraient orient\u00e9s vers la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure (DGSI), 12 vers la sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat), et 7 vers sa d\u00e9clinaison parisienne. Quant aux enfants, la justice est pr\u00eate \u00e0 en recevoir 149. 30\u00a0d\u2019entre eux ont moins de 2\u00a0ans, 99 entre\u00a02 et\u00a013\u00a0ans, 7 ont 13\u00a0ans et plus. En reste donc 13, dont l\u2019\u00e2ge est qualifi\u00e9 \u00abd\u2019inconnu\u00bb. Evidemment, l\u2019administration p\u00e9nitentiaire a elle aussi sanctuaris\u00e9 les places n\u00e9cessaires en maisons d\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>En off, il ne faut pas trop pousser les diff\u00e9rents interlocuteurs policiers et judiciaires pour comprendre qu\u2019ils sont tr\u00e8s favorables au retour des Fran\u00e7ais. Les enfants retrouveraient des conditions de vie d\u00e9centes, les juges antiterroristes pourraient mener leurs enqu\u00eates \u00e0 terme, et les victimes assisteraient, in fine, aux proc\u00e8s qu\u2019elles souhaitent. Au plan strictement s\u00e9curitaire, la France a \u00e9galement tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 traiter elle-m\u00eame cette population, plut\u00f4t que de la laisser aux mains des Kurdes, qui, \u00e9chaud\u00e9s par un soutien diplomatique trop timide, et menac\u00e9s par la Turquie et le r\u00e9gime syrien farouchement oppos\u00e9s \u00e0 leur autonomie, pourraient les rel\u00e2cher brutalement. Oui, mais voil\u00e0. Face \u00e0 cela, il y a la politique. Et l\u2019ex\u00e9cutif a les yeux riv\u00e9s sur les sondages.\u00a0<em>\u00abSur ces sujets, l\u2019opinion publique est \u00e0 fleur de peau. L\u2019Elys\u00e9e sait tout de l\u2019impopularit\u00e9 de cette d\u00e9cision\u00bb,<\/em>\u00a0regrette une source judiciaire.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019aux derniers jours de\u00a02018, la position &#8211; officielle &#8211; de l\u2019Etat \u00e9tait pourtant claire : si le retour des enfants fran\u00e7ais d\u00e9tenus au Kurdistan syrien est envisageable, avec l\u2019accord de leurs m\u00e8res, leurs parents ont vocation \u00e0 \u00eatre jug\u00e9s et d\u00e9tenus sur place. Une approche boulevers\u00e9e le 19\u00a0d\u00e9cembre, lorsque le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump annonce le prochain retrait des forces am\u00e9ricaines en Syrie. De quoi donner corps au sc\u00e9nario catastrophe d\u2019un affaiblissement, voire d\u2019une d\u00e9route de l\u2019alli\u00e9 kurde, qui favoriserait l\u2019\u00e9vasion et la dispersion des jihadistes fran\u00e7ais. Ces derniers pourraient alors repasser \u00e0 l\u2019action sur place, tenter un retour clandestin dans l\u2019Hexagone, voire \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et instrumentalis\u00e9s par le r\u00e9gime syrien. Sueurs froides \u00e0 Paris, o\u00f9 toutes les options sont remises sur la table.<\/p>\n<h3>\u00abDivergences\u00bb<\/h3>\n<p><em>\u00abSi les Fran\u00e7ais qui sont d\u00e9tenus par les Kurdes devaient \u00eatre remis en libert\u00e9, expuls\u00e9s, nous avons, je crois, collectivement plut\u00f4t int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous assurer de ce qu\u2019ils deviennent\u00bb,<\/em>\u00a0d\u00e9clare ainsi la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, le 21\u00a0janvier, exprimant\u00a0<em>\u00abun choix qui est celui de la pr\u00e9f\u00e9rence du contr\u00f4le et donc du rapatriement\u00bb<\/em>\u00a0en France.\u00a0<em>\u00abCe sont des Fran\u00e7ais avant d\u2019\u00eatre des jihadistes\u00bb,<\/em>\u00a0tente quelques jours plus tard, visiblement embarrass\u00e9, le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Christophe Castaner.\u00a0<em>\u00abEst-ce qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019ils soient dispers\u00e9s, qu\u2019ils rejoignent les rangs de Daech ou qu\u2019ils partent dans un autre pays pour continuer \u00e0 fomenter de tels actes ?\u00bb<\/em>\u00a0rench\u00e9rit Edouard Philippe le 30\u00a0janvier.<\/p>\n<p>Mais le 26\u00a0f\u00e9vrier, Emmanuel Macron tranche fermement le sujet :\u00a0<em>\u00abContrairement \u00e0 ce que j\u2019ai pu lire ou entendre, il n\u2019y a pas un programme de retour des djihadistes qui est aujourd\u2019hui con\u00e7u. Nous restons sur la m\u00eame doctrine\u00bb,<\/em>\u00a0affirme le chef de l\u2019Etat lors d\u2019un d\u00e9placement dans la r\u00e9gion Grand Est. Soit le jugement et l\u2019incarc\u00e9ration des jihadistes fran\u00e7ais l\u00e0 o\u00f9 ils se trouvent.<\/p>\n<p>Pourquoi ce retour \u00e0 une ligne dure ? Ni l\u2019Elys\u00e9e, ni Matignon n\u2019ont souhait\u00e9 nous l\u2019expliquer. Sans doute l\u2019hostilit\u00e9 massive de l\u2019opinion \u00e0 un rapatriement des jihadistes a-t-elle jou\u00e9 dans la d\u00e9cision, pour un pouvoir d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s affaibli par la crise des gilets jaunes. Publi\u00e9 le\u00a028\u00a0f\u00e9vrier, un sondage de l\u2019institut Odoxa confirmait ce sentiment : 89 % des r\u00e9pondants se d\u00e9clarent \u00abinquiets\u00bb d\u2019un tel retour, dont 53 % \u00abtr\u00e8s inquiets\u00bb. Les deux tiers s\u2019opposent m\u00eame au retour des enfants. Une attitude majoritaire, voire h\u00e9g\u00e9monique, quelle que soit la sensibilit\u00e9 politique, y compris \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Mais un autre \u00e9pisode, survenu quelques jours plus tard, aurait renforc\u00e9 la fermet\u00e9 pr\u00e9sidentielle : la tentative d\u2019assassinat de deux surveillants par un d\u00e9tenu et sa compagne, tous deux convertis \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie jihadiste, le\u00a05\u00a0mars, \u00e0 la prison de Cond\u00e9-sur-Sarthe (Orne).\u00a0<em>\u00abChaque attentat li\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat islamique repousse l\u2019\u00e9ch\u00e9ance. L\u2019arrestation, le\u00a025\u00a0mars, de deux hommes projetant une attaque contre un policier et une \u00e9cole maternelle a un peu plus accentu\u00e9 les divergences\u00bb,<\/em>\u00a0assure une source gouvernementale.<\/p>\n<p><em>\u00abCette s\u00e9quence est tr\u00e8s surprenante,<\/em>\u00a0explique Jean-Charles Brisard, pr\u00e9sident du Centre d\u2019analyse du terrorisme.\u00a0<em>On aurait pu attendre du pouvoir politique qu\u2019il prenne ses responsabilit\u00e9s et montre un peu de courage. Au lieu de cela, la position fran\u00e7aise n\u2019est pas claire, m\u00eame a posteriori. Nous avons donn\u00e9 des preuves de notre irr\u00e9solution \u00e0 nos ennemis. Jusqu\u2019au mois de f\u00e9vrier, il y avait pourtant un consensus sur la n\u00e9cessit\u00e9 du rapatriement, y compris des hommes. Il faut les mettre hors d\u2019\u00e9tat de nuire et \u00eatre s\u00fbrs qu\u2019ils sont bien neutralis\u00e9s. Nous avons les outils pour \u00e7a.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Fin f\u00e9vrier, 13\u00a0jihadistes fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s du Kurdistan syrien \u00e0 l\u2019Irak. A la diff\u00e9rence de la r\u00e9gion kurde, le pays dispose de tribunaux et peut juger des membres \u00e9trangers de l\u2019EI. Paris refusant que la peine de mort soit appliqu\u00e9e, les Fran\u00e7ais de Daech risquent au maximum la perp\u00e9tuit\u00e9, soit en r\u00e9alit\u00e9 vingt\u00a0ans de d\u00e9tention selon la loi irakienne, une peine \u00e0 laquelle ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es les Fran\u00e7aises M\u00e9lina Boughedir et Djamila Boutoutaou.\u00a0<em>\u00abEn France, beaucoup seraient condamn\u00e9s \u00e0 trente\u00a0ans. Et leurs t\u00e9moignages pourraient \u00eatre utilis\u00e9s lors des proc\u00e8s des attentats commis en France\u00bb,<\/em>\u00a0note un proche du dossier. En Irak, de surcro\u00eet, pays o\u00f9 la corruption est end\u00e9mique et la s\u00e9curit\u00e9 al\u00e9atoire, des \u00e9vasions sont \u00e0 craindre. Le cas s\u2019est d\u00e9j\u00e0 produit, le 6\u00a0mars\u00a02007, lorsque la prison de Badouche est attaqu\u00e9e par un groupe arm\u00e9. Parmi les 70\u00a0d\u00e9tenus qui s\u2019\u00e9vadent figure le Fran\u00e7ais Peter Cherif, arr\u00eat\u00e9 trois\u00a0ans plus t\u00f4t par les Am\u00e9ricains alors qu\u2019il avait rejoint les rangs d\u2019Al-Qaeda en Irak.<\/p>\n<h3>Camps surpeupl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le rapatriement des enfants se justifie, lui, pour des raisons humanitaires \u00e9videntes. Ils sont parfois bless\u00e9s et entass\u00e9s dans des camps surpeupl\u00e9s\u00a0<em>(lire page\u00a03).<\/em>\u00a0Plusieurs orphelins sont \u00e9galement pr\u00e9sents, sans que leur nombre pr\u00e9cis ne soit connu. Le 15\u00a0mars, la France a rapatri\u00e9 cinq enfants. Une d\u00e9cision prise\u00a0<em>\u00abau regard de [leur] situation particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable\u00bb<\/em>, selon le Quai d\u2019Orsay. Depuis, d\u2019autres enfants fran\u00e7ais, y compris des orphelins, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. Ils sont toujours sous une tente au Kurdistan syrien. Alors que selon la doctrine officielle fran\u00e7aise,\u00a0<em>\u00abils ont droit \u00e0 la protection de la R\u00e9publique\u00bb.<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source : Lib\u00e9ration\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[62,83],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4454"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4454"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4454\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4455,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4454\/revisions\/4455"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cat-int.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}